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| Le fils du marchand d’olives pose un diagnostic affligeant où les vérités, sous les tabous, sont mises au jour sans ambiguïté. La double narration, celle de Jean-Claude Dreyfus pour la fable des loups, et celle d’Anna Zeitindjioglou pour la partie documentaire, rafraichit considérablement le sujet. Le réalisateur explore en profondeur, avec un rythme maîtrisé, avec une légèreté bien dosée et des métaphores savoureuses, le négationnisme ambiant. Le film a réussi pleinement sa mission, non seulement en brisant la malédiction du patronyme à consonance turque du réalisateur, mais également en posant une nouvelle pierre dans la création cinématographique arménienne traitant de ce sujet.
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LES PLUS
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LES MOINS
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| Par Taron, Test complet – Vendredi 17/05/2012 à 6h00 | ||
Le fils du marchand d’olives est un documentaire et film d’animation de 2011 réalisé par Mathieu Zeitindjioglou (né en France), avec la participation de sa femme Anna. Jean-Claude Dreyfus prête sa voix pour la narration. Il est coproduit par ZFilms, Kode Agency et Herodiade Films. En 1914, le grand-père du réalisateur, Zeytoundjian (qui signifie «Fils du marchand d’olives») change la fin de son nom pour «Zeitindjioglou» à Keskin, près d’Ankara, afin de mieux survivre à ce qui se tramait dans l’ombre, le génocide de 1915. Réfugié en France en 1919, il ne peut retrouver son nom arménien, en raison des lois de l’époque. Ainsi les enfants du réfugié seront-ils condamnés à «cacher leurs origines arméniennes derrière la langue des bourreaux». Afin de rompre la malédiction, l’un des descendants, Mathieu Zeitindjioglou, encouragé par sa compagne Anna, une polonaise, parcourt le pays d’Istanbul à Ankara, puis en Arménie de l’Ouest, sous occupation turque, dans les villes d’Erzeroum, Van, puis dans les ruines d’Ani, près de la frontière avec l’Arménie de l’Est. Le fil conducteur de cette quête de vérité au pays du godan est une fable réactualisée de La Fontaine où les loups quittent leur apparence pour prendre celle de moutons et d’agneaux.
Du Bosphore à Van : une fable en guise de mémoireLe Fils du marchand d’olives, mêlant conte allégorique et documentaire de voyage, révèle que le négationnisme turc, s’il est tenace et profond, n’en est pas uniforme pour autant. Ne sommes-nous pas dans la légende, des histoires rapportées ? Une grande partie des habitants a entendu parler des Arméniens, en mal, dans les manuels scolaires, et pense que les ancêtres des Turcs, et donc dans leur logique, l’identité turque dans sa continuité, incarnent une innocence perpétuelle. Le rythme lent du conte se prête à merveille à cette fable. On redécouvre, on réapprend ce que l’on sait déjà mais avec l’écoute attentive de l’innocence. C’est magnifiquement monté, scandé et raconté. Et c’est terriblement navrant, comme dans un cauchemar éveillé et sans fin, un peu sèchement et sans recherche d’effets. Ainsi, les Arméniens se seraient alliés en 1915 aux Russes pour envahir la Turquie. Il a donc fallu les déporter, par mesure de sécurité, dans les déserts de Mésopotamie où la mort les attendait. C’est ce que d’éminentes autorités académiques occidentales osèrent pendant des années reprendre à leur compte en se basant sur la légende officielle qu’ils avaient charge de répandre. Tous les loups ne se ressemblent pas. Un autre secteur de la population, un peu plus éduquée, anglophone, légèrement marquée par les questions internationales, grâce à une presse très au fait de ce qui se passe dans le monde, considère que le «soi-disant génocide» est un mensonge construit de toues pièces par le monde occidental. Enfin, une minorité de citoyens turcs, la plus éduquée, la plus occidentalisée surtout, celle que l’on invite régulièrement dans les université européennes à l’occasion de colloques et de séminaires, celle que l’on inclut dans les listes électorales des partis, ces Turcs, à cheval entre les continents européen et asiatique, parfaitement conscients de la dangereuse vérité, s’adonnent à un négationnisme plus élaboré, plus en nuances, sans accents et grasseyements, avec une apparence professorale des plus «respectables», un ton didactique séduisant, pour nous apprendre que les Arméniens et toute leur élite avaient été, hélas ! des «terroristes» qui se seraient alliés aux Puissances étrangères ennemis de la Turquie. «Non, il n’y pas eu de génocide!», diront les membres d’une «charmante famille turque très occidentalisée», à l’unisson avec tout l’arrière-pays. A quoi bon nuancer les divers propos, puisque le résultat est toujours le même? A quoi bon se faire passer pour des moutons et des agneaux, puisque les loups faillirent être les victimes? La redite relance le conte comme une litanie sans monotonie où dessins et images montés alternent avec les plans de la caméra qui s’attardent sur des propos qui semblent, par leur mauvaise foi, hors du temps. Le (pan)tourisme dans les musées turcs : mystification sur place ou à emporterUne autre particularité de la Turquie démontrée dans le film est son (pan)tourisme culturel, qui chaque année, à travers ses musées, enseigne à des milliers de visiteurs que le pays a abrité toutes les civilisations imaginables du cosmos et de l’univers, excepté celle qui est de loin la plus ancienne et la plus enracinée de toutes, la civilisation arménienne, encore présente malgré les ravages. La fabrication de DVD négationnistes permet même aux plus curieux de ces touristes de satisfaire leur curiosité en découvrant, par le grasseyement d’un Dieu du Verbe négationniste, qu’en 1915, «le déplacement des Arméniens s’est déroulé dans une grande discipline et avec minutie». Quoi de plus rassurant. La voix d’outre-tombe ajoute : «Le nombre des Arméniens mis en route (à pied ou par le Berlin-Baghdad-Bahn?) a été constamment vérifié à leur point de départ et à leur destination», ceci afin de les «protéger» pendant le trajet. Dans les «musées» d’Erzeroum et de Van, les directeurs un tantinet incultes gardent un silence gêné à des questions dénuées d’agressivité posées par Anna la Polonaise qu’on ne pourra soupçonner de connivence avec l’ennemi d’hier, le Russe : on vous enverra le DVD qui vous expliquera tout, soyez-en assurée. Le conte devient réaliste sans que l’on perde le fil de l’histoire de ce voyage hors du temps. Qu’il se consomme sur place ou à l’étranger, on constate que le négationnisme procède de la fondation même de l’Etat turc en 1923. Nous sommes bien loin de la «baraque dans un village dans l’Est de la Turquie à la frontière arménienne», nous sommes à la racine inconsciente de l’identité inculquée. «On détruit un monument de vérités (atroces) pour construire un monument de mensonges (rassurants)»Le conte des loups et des moutons, narré par l’acteur Jean-Claude Dreyfus, qui sert de trame au Fils du marchand d’olives, et qui pourrait aussi bien inspirer une nouvelle version du jeu Pacman, est éloquent, léger, ironique et terrible à la fois : «Les loups sont de drôles d’oiseaux, souvent aimables, inoffensifs et amicaux. Les loups sont persuadés d’être des agneaux et des moutons, ou tout au moins leurs rejetons. Mais le fils du fils du fils du marchand d‘olives avait appris chez lui que les choses sont rarement ce qu’elles ont l’air d’être. Il savait que les loups étaient les descendants des loups, ceux-là même qui un siècle auparavant avaient déporté et massacré ses lointains parents. Ici le sujet était tabou et à grand renfort d’éducation les loups sont persuadés d’être des moutons. Pourtant il suffit de dire «génocide» et d’évoquer 1915 pour que les loups, tout doux qu’ils soient, montrent les dents. D’ailleurs, un article de loi se charge de dissuader les troublions qui poseraient trop de questions.» Cet Etat bâti sur un monument de mensonges est «un marché émergent de 80 millions» de loups, «qui est à nos portes», nous informe l’un des organisateurs de la Saison Turque, le PDG d’AXA, qui nous renseigne que «la France est le deuxième investisseur étranger en Turquie et l’un de ses tout principaux partenaires économiques». BHL, sur un fond de musique suggestive et à travers un prisme visuel déformant, s’indigne avec une éloquence parfaite et suggère qu’une Allemagne négationniste aujourd’hui, comme l’est la Turquie, serait un affront et une injustice insupportables pour les descendants des survivants de la Shoah. Ces négationnistes «vont tellement loin dans le mensonge, dans la construction d’une contre-vérité qu’il est évident qu’ils savent cette vérité», précise l’historien Yves Ternon. |
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Test : Le fils du marchand d’olives (Film)
May 18, 2012 By Leave a Comment





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