Le point de vue de Diego: J’ai rencontré un «négationniste». Qu’est-ce donc?

Première publication : 23 octobre 2011.

Par Diego (notre chroniqueur)

Leur démarche rampante de mille-pattes, leur regard méfiant et reptilien, leur corps long et grêle, brun fauve, leur certitude d’être les créatures carnivores les plus légitimes du monde. Tels sont les négationnistes d’Outre-Méditerranée, les plus intraitables, criminels de sang et de pensée.

Les négationnistes

Ils vivent en groupes restreints cachés dans les moisissures et collent comme la glu dans les interstices de leur État-mère. Leurs modèles sont les loups, mais ils ne sont que les épigones de souslik aux queues courtes, proches des écureuils. Rongeurs anthropophages, ils s’attaquent aux plus faibles, leur signifiant par des gestes étourdis et des cris stridents les quatre vertus négationnistes : mauvaise foi, surexcitation, idiotie, vacarme.

Où vivent-ils?

Les ruelles sombres et étroites sont un terreau sûr pour l’installation de leurs structures clandestines, en général très nombreuses (deux à trois structures par membre de la secte), commanditées par le haut. Leur espérance de vie est si longue, malgré une rétractation du crâne par manque d’oxygène, qu’ils ont tout le temps et le loisir de vociférer avant de rendre l’âme en couvant leurs résolutions criminelles.

Comment les repérer?

Ici, sur les bords de la Seine, certains se cachent habilement derrière les valeurs universelles qu’ils pensent incarner avec objectivité, grâce à leur sixième sens d’un amour immodéré pour la recherche pure et infinie. Ils présument et hésitent, sont préoccupés, tâtonnent avec humilité, et finalement, déclarent la guerre à leurs seuls et uniques adversaires, les victimes d’un génocide qui n’a pas eu son Nuremberg, et leurs descendants désappointés. Quelques députés, avec des effets de manches assurés mais non moins indispensables (en raison de la gravité des faits que l’on doit s’efforcer d’évoquer un siècle après comme s’ils avaient eu lieu hier), ont pris le train en marche bien tardivement : ils légifèrent, ils légifèrent…après avoir dormi tout un siècle d’un sommeil de mort. A qui la faute ?

Heureusement il y eut Liberté pour l’Histoire!

Ses signataires pensent-ils que leurs hésitations ont plus de poids que plusieurs millions de vies, que prendre soin de leur carrière d’historien sur le marché du doute est un bien meilleur calcul que d’honorer la mémoire des victimes d’un génocide, qu’ils assortissent durant leur pause déjeuner d’un “peut-être” ou “rien n’est moins sûr”? Rendons hommage à René Rémond et Pierre Nora, entres autres sommités intellectuelles de Liberté pour l’Histoire, pour avoir fermement et courageusement dénoncé à nos côtés le négationnisme des génocides et la pédanterie intellectuelle, notamment durant la saison culturelle turque de 2009. Rendons-leur hommage et interrogeons-nous sur l’avenir de Liberté pour l’Histoire. Que deviendra cette minuscule corporation d’historiens pétitionnaires lorsque son plaidoyer tournera à l’eau de boudin ? Ici, à Paris et à Blois où la Belle au Blois dormant soudain se réveilla, on aime manier le doute, danser le menuet pendant que les reptiliens montrent leurs crocs.

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