« Si j’étais la Turquie », un jeu de société pour les grands et les petits

Première publication : 16 juillet 2012.

Ce jeu très prisé portait un nom surprenant : « Si j’étais la Turquie ». Remarquons au passage que les Français avaient imposé, sans demander l’avis de quiconque, surtout des intéressés eux-mêmes, ce nom prémonitoire de Turquie au lieu d’Empire ottoman… Mais revenons à cette curieuse mode qui réapparait en force aujourd’hui. Les joueurs de jadis affichaient en leurs salons une raideur impavide. Ils étaient empereurs, rois, présidents, ministres, ambassadeurs. Ils jetaient sur leurs cartes d’état-major un œil vitreux et distrait de grands comploteurs, leurs monocles à la main battant la mesure de marches militaires triomphales tant espérées. Les Puissances rivales ainsi représentées s’acharnaient sur « l’homme malade ». Mais nous n’allons pas pleurer pour lui à présent! Aujourd’hui, l’objectif à atteindre est exactement l’inverse. La Turquie, cette sublime nation, au contraire, doit gagner la partie, la regagner et la regagner encore. C’est à qui lui inventera le remède miraculeux, la potion européenne magique, l’élixir des jours heureux. Il faut lui donner ce qu’elle veut, ce qu’elle décide, édicte et chuchote, c’est-à-dire tout, entendez puissance, rôle stratégique régional, compromis historique sur le génocide de 1915, minimum de réparations aux descendants des victimes, aides et investissements étrangers multiples et infinis, et autres insignes présents de l’Olympe enfin assagie, qui se porte à son chevet. Ah, n’oublions pas en prime, la réconciliation et même la fraternisation. « Si j’étais la Turquie », avec sa nouvelle règle, est un jeu réservé aux seuls Dieux peu enclins à écouter les simples mortels. Tourisme post mortem mirobolant, Institut du Bosphore époustouflant, et même pour elle la Voie lactée sur un plateau d’or! Des serviteurs zélés de Paris le déposeront à vos pieds, la tête tressée de lauriers, les mains tendues de dévotion. Les salons et les palais lambrissés croulant sous les dorures de la vieille Europe retrouvée sont toujours là. Les monocles, les plastrons, avec les victimes, ont fini, vous le savez bien, dans les poubelles de l’Histoire… C’est ce que nous verrons un jour prochain grâce à la redécouverte de ce merveilleux jeu de société.

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